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L'Égypte rouvre le robinet des sukuk domestiques — et le marché répond

Au Caire, les certificats souverains conformes à la charia font leur nid dans l'agenda d'emprunt du Trésor. La troisième adjudication de l'année en livres égyptiennes confirme une montée en puissance méthodique, loin encore des grands volumes mais porteuse d'un signal stratégique clair.

 

Le Caire, 7 mai 2026 — La Banque centrale d'Égypte (CBE) a de nouveau sollicité le marché domestique des sukuk en procédant, le 5 mai, à la réouverture d'une ligne de certificats souverains conformes à la charia d'une maturité de trois ans. L'adjudication a permis de lever 1 milliard de livres égyptiennes — soit environ 18,6 millions de dollars au cours du jour —, assorti d'un rendement locatif fixe annualisé de 21,3 %, versé semestriellement.

Cette opération constitue la troisième levée de fonds en sukuk domestiques depuis le début de l'année civile, confirmant l'ancrage progressif de la finance islamique dans la stratégie de financement du Trésor égyptien. La tranche émise arrivera à échéance le 10 mai 2029. Elle s'inscrit dans un programme d'émissions dont l'encours cumulé, toutes séries confondues, dépasse désormais largement les 20 milliards de livres depuis que le gouvernement a bouclé son plan trimestriel d'adjudications souveraines au cours du second semestre 2025.

La demande exprimée lors de l'appel d'offres a totalisé 1,125 milliard de livres. La Banque centrale a finalement retenu 800 millions de livres de soumissions — soit un taux de couverture de 1,4 fois le montant alloué —, à un taux de rendement moyen pondéré de 22,095 %. Le coupon semestriel reste calé sur le taux nominal de la série initiale. La CBE avait parallèlement organisé, le 21 avril, une adjudication de 4 milliards de livres sur une ligne à maturité mars 2029, dans le cadre du même programme trimestriel.

L'appétit des investisseurs institutionnels pour les instruments souverains conformes à la charia ne se dément pas, en dépit d'un contexte de rendements élevés. Les banques islamiques et les fonds spécialisés font face à une pénurie structurelle d'actifs de haute qualité libellés en livres égyptiennes et compatibles avec leurs contraintes de conformité. L'offre domestique demeure insuffisante pour absorber cette demande latente — un déséquilibre que l'ambition affichée du Trésor ne comblera pas à court terme.

Pour la première fois lors de l'exercice fiscal 2025-2026, le gouvernement avait inscrit dès la publication de son calendrier trimestriel du deuxième trimestre (octobre–décembre 2025) cinq adjudications de sukuk totalisant un montant indicatif de 20 milliards de livres — marquant une volonté assumée de diversifier les canaux de financement intérieur. Les rendements des bons du Trésor conventionnels à trois ans évoluant à des niveaux comparables, la prime accordée aux investisseurs conformes à la charia reste modeste, signal que le gouvernement entend traiter les deux bases d'investisseurs avec équité.

La structure retenue pour ces certificats est un Ijara, un montage de cession-bail (sale and leaseback) adossé à des actifs tangibles détenus par l'État — en l'occurrence des terrains domaniaux alloués par décret présidentiel au programme souverain. Le mécanisme permet aux porteurs de percevoir un revenu locatif fixe prédéterminé, licite au regard de la charia, en lieu et place d'un intérêt conventionnel. À maturité, le remboursement du principal s'opère par le rachat des actifs sous-jacents à leur valeur nominale, conformément aux standards AAOIFI.

Le marché international a lui aussi été mis à contribution : en octobre 2025, Le Caire a réalisé une double émission de sukuk de 1,5 milliard de dollars — 700 millions à 3,5 ans (6,375 %) et 800 millions à 7 ans (7,95 %) —, dont le carnet d'ordres avait dépassé 9 milliards de dollars. L'opération, structurée selon un montage Ijara et listée à la Bourse de Londres, a valu à l'Égypte le prix du Sukuk Deal of the Year lors des Global Banking & Markets Awards Africa 2026 — une reconnaissance décernée en février 2026 au cabinet Baker Botts pour son rôle de conseil sur la transaction.

Avec un programme d'émissions domestiques dont l'encours cumulé a franchi la barre des 20 milliards de livres dès la fin 2025, l'Égypte s'impose comme un émetteur régulier sur le marché des certificats islamiques. Ce compartiment reste néanmoins modeste au regard des besoins de financement annuels d'un Trésor qui gère une dette publique avoisinant 90 % du PIB. La prochaine adjudication de sukuk en livres est attendue d'ici la fin du mois de mai, selon le calendrier indicatif de la Banque centrale.

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